Article réalisé par les Editions
AutreVue

Né
en 1905, Henri Malartre est le fils de Victor Malartre, petit entrepreneur lyonnais
en chaudronnerie et charpente métallique, passionné d'automobile. Dès son plus
jeune âge Henri Malartre s'intéresse à l'automobile, en observant son père restaurer
une La Buire ou encore en assistant, émerveillé, au Grand Prix d'Europe qui se
déroulait à Lyon avec des pilotes de renom tels Ascari, Gordon Bennett, Enzo Ferrari
et des marques mythiques comme Alfa Roméo, Bugatti, Delage, ou Voisin… En 1928,
de retour du service militaire, il traîne dans les garages et croise par hasard
un entrepreneur qui fait le commerce de métaux et de pièces détachées récupérées
sur de vieilles automobiles. La visite de l'entrepôt est pour lui une véritable
révélation et il décide, peu de temps après, de se lancer dans la même activité.
Le succès est vite au rendez-vous car, à la différence de ses concurrents, Henri
Malartre propose une gamme étendue de pièces détachées d'occasion soigneusement
nettoyées et assorties d'une garantie.
C'est ce métier de "Fossoyeur
automobile" qui, bien des années plus tard, conduira Henri Malartre à créer le
musée automobile de Rochetaillée. En effet, cet entrepreneur de génie souffre
de son métier ainsi, dit-il : "Je ne sais pas s'il arrive aux tueurs d'avoir mauvaise
conscience mais moi je n'osais pas fixer les phares de mes futures victimes. J'avais
l'impression que leurs cuivres ternis exprimaient toute la détresse du monde.
Avoir été une reine de la route, avoir pétaradé sur les pavés des beaux quartiers
en jouant de la trompe et se retrouver sous le chalumeau et la masse d'un équarisseur,
quel pénible destin !(…) j'ai l'impression d'avoir été un criminel. Il faut bien
que je l'avoue, j'ai anéanti dans ma vie beaucoup plus de voitures que je n'en
ai sauvées." Ainsi, en 1931, il acquiert une Rochet-Schneider de 1898 mais il
ne parvient pas à se résoudre à envoyer cette voiture à "l'abattoir". La collection
Henri Malartre vient de naître ! Très vite, d'autres automobiles sont, elles aussi,
stockées dans un coin de l'atelier, tels une Gobron-Brillié 1898, une Sizaire
et Naudin 1908, une Laspougeas 1896, une Hugot 1897, etc…
En 1942, Henri
Malartre entre dans la résistance où il effectue des transports d'armes et d'imprimés
jusqu'en 1944 où il est arrêté, torturé et déporté. A la libération, de retour
à Lyon, il découvre son entreprise détruite mais retrouve, cachées dans un entrepôt,
dix-sept automobiles anciennes qui avaient miraculeusement échappé à l'occupant.
Aidé de quelques amis et collaborateurs, Henri Malartre redémarre son activité
avenue Berthelot et renoue rapidement avec le succès commercial. En 1956, il organise
dans ses ateliers une exposition de 60 voitures anciennes dont le succès est tel
que le Maire de Lyon, M. Louis Pradel, lui demande d'en prolonger la durée de
8 jours à l'occasion de la Foire de Lyon. A la fin des années 50, Henri Malartre
cède son entreprise et part à la recherche de locaux pour installer ses voitures.
Il découvre à Rochetaillée sur Saône, sur un terrain de 3,5 hectares dominant
la vallée de la Saône, un splendide château féodal partiellement reconstruit au
XVème siècle dans le plus pur style néo-gohique et décide de l'acheter. C'est
sur cette propriété qu'il installe sa collection et inaugure, le 31 mai 1960,
le premier musée automobile de France. C'est aussi le seul musée au monde permettant
de voir des automobiles dans les salles d'un château. Pour ce faire, chaque véhicule
exposé a été démonté pièce par pièce puis reconstruit sur son lieu d'exposition.
Le succès est immédiat et la fréquentation dépasse rapidement les 150 000 visiteurs
par an, bien plus que tous les musées de Lyon réunis. Devenu propriété de la Ville
de Lyon en 1972, date du départ en retraite de son fondateur, le musée Henri Malartre
abrite aujourd'hui près de 1 000 pièces de collection.

Unique
en son genre par la diversité et la rareté des modèles, dont 85% sont en parfait
état de marche, la collection comprend, outre 130 automobiles de 1890 à nos jours,
une cinquantaine de motos de 1903 à 1955, des cycles (de la draisienne de 1818
au vélo d'Anquetil), des véhicules de transport en commun lyonnais, des affiches
publicitaires, de nombreux accessoires et des miniatures. Les fleurons de la collection
se composent de plus de 40 ancêtres automobiles construits avant 1914, une quinzaine
de véhicules de construction lyonnaise, une vingtaine de modèles uniques au monde
et plusieurs véhicules ayant appartenu à des personnages célèbres. Ainsi, le musée
permet aux visiteurs d'admirer la Packard d'Edith Piaf, une Hispano Suiza utilisée
par le Général de Gaulle, la Delahaye du Maréchal de Lattre de Tassigny, la monoplace
Gordini de Behra, le Renault Espace utilisé par le Pape Jean Paul II lors de sa
visite à Lyon,… Nous savions déjà que Lyon, avec plus de cent constructeurs, fût
jusque dans les années 30, l'un des berceaux de l'automobile. Nous savons à présent
que cette cité a également contribué au développement des musées consacrés à l'automobile,
en servant d'exemple et parfois même en aidant à leur constitution, comme ce fut
le cas pour le musée automobile du Mans.
Article réalisé par les Editions
AutreVue / photo : Musée
Henri Malartre de Rochetaillée
cet artcile est issu du livre
"Savoir-Faire du département du Rhône"
avec
l'aimable autorisation de Stéphane AVRAM ( 3A
) et Hervé TOURNIER des Editions
AutreVue